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Sous-marins nucléaires – dépendance, retard, illusions, tromperie, duplicité, déception, désenchantement et déclin économique.


Commerce australien

Les exportations et les importations australiennes représentent environ 25 % de son produit intérieur brut (PIB), ce qui fait de l’Australie une nation commerçante importante. La majeure partie du commerce s’effectue par voie maritime à travers le monde.

Les principaux partenaires commerciaux, par ordre d’importance, sont : la Chine, le Japon, l’Union européenne, les États-Unis et la Corée du Sud. L’Australie enregistre des excédents commerciaux importants avec tous ces partenaires, à l’exception de l’Union européenne, où elle connaît un déficit commercial équivalant à 57 % des échanges, et des États-Unis, où le déficit atteint 24 %.

L’Australie dispose d’accords de libre-échange avec tous ces partenaires, sauf avec l’Union européenne, avec laquelle des négociations sont actuellement en cours.

Économies mondiales

En 2021, les économies mondiales classées par PIB, par ordre décroissant, étaient les suivantes : États-Unis, Chine, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Inde, Italie, Canada, Corée du Sud, Russie, Australie, Brésil, Espagne, Mexique et Indonésie.

Les données économiques et la logique stratégique indiquent que l’Australie doit maintenir ouvertes ses voies d’accès maritimes et entretenir, dans la mesure du possible, de bonnes relations avec ses partenaires commerciaux.

DÉPENDANCE

Action indépendante

Après avoir bénéficié pendant des décennies de la « tyrannie de la distance », la fin du colonialisme européen ainsi que l’essor du nationalisme et des économies asiatiques ont donné naissance à la région indo-pacifique, dont l’Australie constitue un pivot.

Au cours des trois dernières décennies du XXe siècle et des deux premières du XXIe siècle, l’Australie a cherché à développer une politique étrangère indépendante afin de répondre à cette nouvelle réalité géopolitique.

Renoncement à l’indépendance

Le jeudi 16 septembre 2021, le Premier ministre australien, Scott Morrison (également connu sous l’expression « ce type d’en bas… euh, mon ami »), a abandonné cette approche indépendante en annonçant, lors d’une visioconférence conjointe avec le Premier ministre britannique Boris Johnson et le président américain Joe Biden, la création d’un nouveau partenariat de sécurité entre leurs trois pays : AUKUS.

Cet accord prévoit notamment la vente de huit sous-marins nucléaires à l’Australie. Un élément essentiel de cet accord est l’« interopérabilité » de ces sous-marins avec la flotte américaine.

Cela suggère que les forces navales australiennes seraient intégrées aux opérations globales des États-Unis et placées sous leur contrôle stratégique.

Application d’une politique étrangère américaine au service des seuls intérêts américains

Grâce à cette alliance, les États-Unis peuvent poursuivre une politique d’endiguement de la Chine tout en maintenant avec elle une relation de « concurrence stratégique ».

Cette stratégie vise à renforcer la recherche, le développement et l’industrie américains afin de rivaliser avec la Chine sur le plan économique.

Les forces navales australiennes deviennent ainsi un élément de la stratégie américaine face à une Chine qui pourrait dépasser les États-Unis en termes de puissance économique dans les dix à quinze prochaines années.

L’Australie n’a aucun rôle dans l’élaboration ou la mise en œuvre de cette stratégie.

Justification de la rupture du contrat français pour des sous-marins conventionnels et choix du nucléaire : les « besoins souverains »

Selon les partenaires de l’AUKUS, les sous-marins nucléaires australiens pourront parcourir de très longues distances sans être détectés, jusqu’aux abords du territoire chinois, bien que sous la direction d’une autre puissance, les États-Unis.

Les sous-marins conventionnels ne permettent pas une posture aussi offensive et sont davantage adaptés à la défense du territoire maritime australien.

Il convient de rappeler que les sous-marins commandés à la France étaient à l’origine des sous-marins nucléaires que l’Australie avait demandé de convertir en modèles conventionnels.

Application du droit international

Il est intéressant de noter que les droits maritimes que cette puissance navale entend défendre sont ceux définis par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS) de 1982, convention que les États-Unis ont refusé de ratifier.

RETARD

Les discours

Cette proposition d’acquisition de sous-marins nucléaires doit encore faire l’objet de dix-huit mois supplémentaires de discussions concernant le transfert des technologies nécessaires et leur mise en œuvre.

Les actes

Hormis une éventuelle fabrication des coques, aucune compétence technique ni activité de construction ne sera réellement transférée à l’Australie ni placée sous contrôle australien.

L’objectif affiché est que ces sous-marins soient opérationnels dans les années 2040.

ILLUSIONS

Australie : la roue arrière du vélo

Du côté australien, certains pensent que le pays est désormais engagé dans un « partenariat éternel » avec les États-Unis (et le Royaume-Uni).

Selon cette vision, l’Australie serait protégée contre toute agression chinoise, qu’elle soit provoquée ou non, qu’elle résulte de ses propres provocations répétées envers Pékin ou encore des efforts américains visant à limiter les ambitions hégémoniques chinoises dans la région.

Cette crainte repose sur l’idée que la Chine cherchera inévitablement à exercer une hégémonie régionale à la mesure de sa puissance économique.

L’Australie devrait toutefois se rappeler qu’elle restera, pour toujours, géographiquement voisine de la Chine.

États-Unis : le seul guidon du vélo

Rien ne garantit que ce partenariat « éternel » survivra à l’administration Biden, qui pourrait prendre fin en 2024 et être remplacée par une administration plus isolationniste, semblable à celle de Donald Trump.

Quelle que soit l’administration au pouvoir, les États-Unis pourraient un jour considérer que la politique d’endiguement de la Chine est trop coûteuse ou trop risquée.

Les années 2040 sont encore lointaines. Les Américains pourraient alors choisir de se retirer de la région tout en acceptant une forme de partage de l’influence avec la nouvelle superpuissance.

Royaume-Uni : la troisième roue du vélo

Le Royaume-Uni ne dispose ni d’une présence politique, ni d’une présence militaire, ni d’une influence économique significative dans la région indo-pacifique.

L’évocation par Boris Johnson de liens « fraternels » entre le Royaume-Uni et l’Australie rappelle l’époque de Rudyard Kipling et de l’Empire britannique victorien.

Selon l’auteur, cette vision est profondément offensante pour les peuples autochtones australiens ainsi que pour les millions d’Australiens dont les origines se trouvent en Irlande, en Europe continentale, au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie, dans le Pacifique ou dans les Amériques.

TROMPERIE

« L’Amérique est de retour »

À aucun moment l’administration Biden n’a informé clairement les alliés de l’OTAN, ni les pays dont elle dépend pour sa coopération militaire, tels que la France — puissance nucléaire et acteur majeur de la lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest — de ses intentions concernant l’AUKUS.

Pourtant, il a été reconnu que les négociations relatives à cet accord étaient en cours au moins depuis mars 2021, soit avant même la réunion du G7+ en juin 2021.

« C’est le type d’en bas qui est responsable »

Lorsque l’affaire a provoqué un scandale international, l’administration américaine a affirmé qu’elle supposait que l’Australie informerait les autres partenaires concernés.

Selon cette version des faits, la responsabilité du manque de communication et de l’absence de préavis incomberait donc à l’Australie.


DUPLICITÉ

Manque de communication

L’administration Biden a démontré lors du retrait d’Afghanistan qu’elle n’était pas disposée à tenir informés ses alliés de l’OTAN ainsi que ses autres partenaires, y compris l’Australie.

L’accord AUKUS montre une nouvelle fois pourquoi d’autres pays, et en particulier les alliés des États-Unis, peuvent se montrer méfiants.

Tout cela alors même que l’AUKUS est présenté comme reposant sur une confiance mutuelle ancienne et solide.

Où est la confiance ?

L’annonce faite à la France par l’Australie de la rupture du contrat de sous-marins conclu en 2016, à 20 h 30 le 15 septembre 2021 — soit la veille de son annulation officielle et de son remplacement par l’option américaine de sous-marins nucléaires — n’est guère de nature à inspirer la confiance.

« Besoins souverains » = concertation secrète à trois

Nous comprenons désormais pourquoi la rencontre entre Joe Biden et le « type d’en bas » lors du sommet du G7+ en juin 2021 n’était pas un simple entretien bilatéral, mais s’est déroulée en présence de Boris Johnson.

Dîner à Paris

Nous n’avons toujours aucune explication sur la manière dont Scott Morrison a pu dîner à l’Élysée lors de son retour vers l’Australie, tout en assurant son hôte de la poursuite d’une coopération militaire et politique étroite.

Grâce à ces assurances, Morrison avait obtenu un soutien important de la France face aux mesures de coercition économique exercées par la Chine contre l’Australie.

Comme le dit l’expression :

« C’est une chose de garder ses cartes près de soi, c’en est une autre de les cacher dans sa manche. »

DÉCEPTION

Asie du Sud-Est

Après avoir consacré des années à développer ses relations avec ses voisins, en particulier les pays de l’ASEAN, l’Australie a renoncé à toute politique véritablement indépendante dans la région.

Cette évolution a suscité l’inquiétude de pays comme l’Indonésie, la Malaisie, le Vietnam et d’autres, qui craignent une confrontation entre les États-Unis et la Chine soutenue sans réserve par une Australie entièrement alignée sur la politique étrangère américaine.

Corée du Sud et Japon

N’ayant pas été informés au préalable, la Corée du Sud et le Japon peuvent légitimement se demander quel rôle les États-Unis leur réservent dans leur stratégie d’endiguement de la Chine et quels risques cela comporte.

Devraient-ils eux aussi se doter de sous-marins nucléaires sous direction et contrôle américains ?

Cette dynamique pourrait-elle conduire à une course aux armements nucléaires dans la région ?

Inde

Une question se pose également : la participation au Quad devient-elle politiquement trop risquée ?

Et quelles conséquences les décisions australiennes auront-elles sur les discussions engagées avec la France concernant la coopération militaire et le « dialogue stratégique » développé entre les deux pays ?

Le Pacifique

Les nations du Pacifique qui voyaient en l’Australie un leader régional constatent désormais que le véritable centre de décision se trouve à Washington, dont les priorités ne coïncident pas nécessairement avec leur bien-être.

La Nouvelle-Zélande pourrait être encore plus préoccupée par le rôle d’« adjoint du shérif » que l’Australie semble accepter sans esprit critique, désormais dans un contexte nucléaire.

DÉSENCHANTEMENT

La France est le seul pays européen disposant d’une présence importante dans l’Indo-Pacifique, avec plus de deux millions de citoyens vivant dans cette région.

Ses espaces maritimes représentent les plus vastes du monde avec environ 11,69 millions de km², devant ceux des États-Unis (11,35 millions de km²) et de l’Australie (8,51 millions de km²).

La France dispose de bases militaires et navales s’étendant de Djibouti, à l’entrée de la mer Rouge, jusqu’à l’océan Pacifique, en passant par La Réunion, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française.

Avant la rupture du contrat des sous-marins par l’Australie, le gouvernement français entretenait des discussions approfondies avec Canberra sur une coopération militaire dans la région indo-pacifique.

En tant qu’acteur majeur de cette région, la France construisait sa stratégie sur deux piliers essentiels : une coopération étroite avec l’Inde et avec l’Australie.

DÉCLIN ÉCONOMIQUE

Chine

En s’associant à la politique américaine d’endiguement de la Chine, l’Australie s’expose à une réduction croissante de ses exportations vers son principal marché commercial.

Aucun marché alternatif équivalent n’est disponible pour compenser ces pertes.

Les deuxième et troisième secteurs d’exportation australiens étaient l’éducation et le tourisme, dont la Chine constituait de loin le principal client.

Aucun marché de substitution n’existe à une échelle comparable.

Les universités et autres établissements d’enseignement supérieur, déjà fortement affectés par la baisse du nombre d’étudiants internationaux due à la pandémie de COVID-19, auront des difficultés à retrouver leur niveau d’activité antérieur.

La recherche et le développement universitaires risquent également de souffrir d’un manque de financement.

Les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie ne retrouveront probablement pas leur prospérité d’avant la pandémie.

De plus, chaque fois qu’elle en aura l’occasion, la Chine cherchera à diversifier ses approvisionnements et à réduire sa dépendance aux exportations australiennes.

Union européenne

L’Union européenne a indiqué que la rupture du contrat français pourrait perturber les négociations actuelles en vue d’un accord de libre-échange avec l’Australie.

L’Allemagne a toujours manifesté sa volonté de préserver et d’accroître ses exportations vers son principal marché extérieur à l’Europe : la Chine.

Sous Angela Merkel, Berlin a soutenu l’accord global d’investissement entre l’Union européenne et la Chine conclu en décembre 2020, malgré les réserves exprimées par les États-Unis.

La France, quant à elle, s’est montrée plus proche de Washington concernant les critiques relatives aux droits humains en Chine.

Le départ d’Angela Merkel et l’incertitude entourant les élections allemandes renforcent la position d’Emmanuel Macron comme figure influente au sein de l’Union européenne.

La Hongrie s’est rapprochée de la Chine, tandis que l’Italie et la Grèce ont accueilli favorablement les initiatives chinoises des « Nouvelles Routes de la Soie ».

Dans ce contexte, la manière dont le « type d’en bas » joue ses cartes rend loin d’être certaine la conclusion d’un accord de libre-échange entre l’Australie et un marché de plus de 500 millions de consommateurs.

Royaume-Uni

Le Royaume-Uni a conclu un accord de libre-échange avec l’Australie, mais ses bénéfices ne se matérialiseront probablement pas avant quinze ans ou davantage.

C’est une longue attente pour faciliter la circulation des Tim Tams et du Vegemite.

États-Unis

L’accord de libre-échange déjà existant avec les États-Unis se traduit par un déficit commercial significatif pour l’Australie.

Il offre peu de possibilités de compenser la perte potentielle du marché chinois.

Coût des sous-marins nucléaires

Le coût réel des sous-marins nucléaires demeure inconnu.

Cependant, selon l’auteur, le véritable prix à payer résidera dans l’alignement de l’Australie sur la politique étrangère américaine, un coût qui pourrait s’avérer extrêmement élevé, tant sur le plan financier que stratégique.

La question fondamentale pour l’Australie

Quelqu’un a-t-il réellement réfléchi à toutes les conséquences de cette décision ?
 
 
 

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